Cette attente fut courte; presque au même instant, l'homme quel qu'il fût, qui se tenait auprès du buisson, fit entendre sa voix; il parlait en langue guaycurus que Diogo, non seulement comprenait, mais parlait avec une rare perfection.
«Ato ingote canchè Kjick piep, Paï[1], demanda-t-il.
—Mochi[2], répondit aussitôt le capitão à voix basse.
—Epoï, aboui[3],» reprit le Guaycurus.
Après avoir échangé ces quelques mots, que nous avons mis en guaycurus pour donner au lecteur un spécimen de cette langue, don Diogo obéit à l'injonction qui lui était faite et sortit hardiment du buisson, bien que, malgré le succès de son stratagème, il ne se sentit cependant pas complètement rassuré.
L'Indien, qu'il reconnut au premier coup d'œil pour être Tarou-Niom lui-même, était si convaincu d'avoir affaire à un de ses guerriers, qu'il ne se donna même pas la peine de l'examiner, se contentant de jeter sur lui un regard distrait; d'ailleurs le chef paraissait fort préoccupé.
Il reprit presque aussitôt l'entretien que cette fois nous traduirons en français.
«Ces chiens n'ont donc pas essayé de battre la plaine pendant l'obscurité? demanda-t-il.
—Non, répondit Diogo, ils sont serrés comme des chiens poltrons, ils n'osent bouger.
—Epoï! Je les croyais plus braves et plus rusés; ils ont avec eux un homme qui connaît bien le désert, un traître de notre race auquel je me réserve de mettre des charbons ardents dans les yeux et de couper sa langue menteuse.»