—C'est bon; mon frère est un grand guerrier; je l'aime, qu'il me suive.»
Les deux hommes commencèrent alors à marcher rapidement, sans parler, l'un derrière l'autre.
Don Diogo bénissait intérieurement le hasard qui s'était plu à arranger si bien les choses; car il redoutait l'œil clairvoyant du chef guaycurus, et ce n'avait été qu'avec une appréhension secrète qu'il avait pensé au moment où tous deux seraient arrivés au camp, où la lueur des brasiers de veille aurait pu dénoncer son déguisement aux yeux si difficiles à tromper des Guaycurus, et qui, d'ailleurs connaissaient sans doute trop bien l'homme dont il avait pris la place pour espérer de leur donner le change.
Mais, maintenant, la position était changée; car, si par un malheureux hasard, le chef des Payagoas connaissait le guerrier mort, ce ne devait être que très superficiellement et sans avoir jamais eu avec lui des rapports assez intimes pour qu'il en eût gardé un souvenir bien net.
Cependant, les deux hommes atteignirent une clairière où se trouvaient deux chevaux tenus en bride par un esclave.
«Voici le cheval de mon frère, qu'il parte, dit Tarou-Niom, j'attends son retour avec impatience; il se dirige vers le midi, moi, je retourne au camp, à bientôt.»
Diogo ignorait lequel des deux chevaux était le sien; craignant de se tromper et de prendre l'un pour l'autre, il feignit de trébucher afin de laisser au chef le temps de se mettre en selle, ce que celui-ci, dont la méfiance n'était pas éveillée, fit immédiatement; Diogo imita son exemple.
Les deux hommes enfoncèrent leurs éperons dans les flancs de leur monture et s'éloignèrent à toute bride dans des directions différentes.
Lorsqu'il fut enfin seul, le capitão ne put retenir un soupir de soulagement.
«Ouf! dit-il à part lui, l'épreuve a été rude, mais je crois m'en être assez bien tiré jusqu'à présent: cependant il ne faut pas encore chanter victoire, attendons que nous sachions la fin de tout cela, pourvu que ce démon de chef Payagoas, que l'on dit si rusé, ne devine pas mon stratagème. A la grâce de Dieu! Lui seul me peut sauver à présent.»