—Mais il y a donc eu combat pendant mon absence?
—Non, il y a eu surprise; mais venez, Diogo, un instant à l'écart, je vous expliquerai ce qui s'est passé, puis vous me rendrez compte de ce que vous avez fait.»
Le capitão le suivit.
Lorsqu'ils furent hors des regards des Brésiliens, le marquis commença son récit, récit fort court, mais terrible.
Deux heures après le départ de Diogo, sans que les sentinelles eussent aperçu un seul ennemi, une nuée de flèches enflammées avaient plu tout à coup sur le camp de tous les côtés à la fois, et cela d'une façon si inopinée que d'abord les Brésiliens ne surent où courir ni de quelle manière se défendre; le feu s'était presque aussitôt déclaré avec une intensité telle, qu'il avait été impossible de l'éteindre; puis, pour ajouter encore à l'horreur de la situation, une flèche étant malheureusement tombée sur le chariot qui contenait les poudres, le chariot avait sauté en tuant et blessant plusieurs hommes.
Les Guaycurus avaient profité de la stupeur des Brésiliens pour tenter un assaut furieux, assaut qui avait été repoussé, il est vrai, après un combat acharné corps à corps, mais pendant lequel le reste des munitions avait presque complètement été épuisé.
Diogo hocha tristement la tête à ce sombre récit; puis sur la prière du marquis, il commença le sien, que son interlocuteur écouta avec la plus sérieuse attention. Lorsqu'il eut terminé, il se fit un instant de silence.
«Que me conseillez-vous? dit enfin le marquis.
—La situation est presque désespérée, répondit nettement le capitão. Le plus prudent, à mon avis, serait de tenter une sortie, d'essayer de s'ouvrir un passage et de regagner au plus vite les habitations.
—Oui, murmura à part lui le marquis, peut-être cela vaudrait-il mieux; mais je veux attendre encore; j'ai expédié un batteur d'estrade au dehors pour prendre des nouvelles de l'ennemi; qui sait ce qu'il nous dira?