Arrivé là, il fit halte un instant pour reprendre haleine et remettre un peu d'ordre dans ses idées; sa difficile expédition était, contre toutes probabilités, terminée heureusement; les renseignements qu'il avait obtenus ne manquaient pas d'importance; tout était donc pour le mieux, et il se félicitait intérieurement, non pas de la façon dont il avait conduit cette scabreuse affaire, mais du plaisir que son retour allait causer à ses compagnons, surtout au marquis.
Il se redressa au bout d'un instant et se remit à marcher d'un pas aussi libre et aussi relevé que s'il n'avait pas, pendant les quelques heures de son absence, supporté des fatigues surhumaines.
Le soleil se couchait au moment où le capitão atteignait le sommet de la colline; la nuit était donc sombre déjà lorsqu'il entra dans le camp.
Dès que son retour fut connu, tous ses compagnons se pressèrent autour de lui avec des cris de joie, qui donnèrent l'éveil au marquis et le firent accourir.
Le capitão poussa une exclamation de surprise et de douleur à la vue du spectacle qui s'offrit à ses yeux, lorsqu'il se trouva dans l'enceinte du camp.
Les tentes et les chariots avaient été réduits en cendres; la plupart des mules et la plus grande partie des chevaux avaient été tués, sept ou huit cadavres de chasseurs et de nègres jonchaient çà et là le sol; les arbres, à demi brûlés et tordus convulsivement, renversés les uns sur les autres, ajoutaient encore à l'horreur de ce spectacle.
Doña Laura Antonia, réfugiée tant bien que mal sous une enramada[1] ouverte à tous les vents, et accroupie tristement devant un feu mourant, préparait, aidée par son esclave Phoebé, son repas du soir.
Enfin, tout présentait l'aspect de la ruine et de la désolation dans ce camp que, la veille, le capitão avait quitté si formidablement établi.
«Qu'est-ce que cela signifie, mon Dieu? s'écria-t-il avec douleur.
—Cela signifie, répondit amèrement le marquis, que vous ne vous étiez point trompé, Diogo, et que les Guaycurus sont de rudes adversaires.