Mais le hasard, qui jusqu'à ce moment avait favorisé le capitão, ne l'abandonna pas à cette suprême et dernière épreuve.
Arrivé à quelque distance du buisson qu'il voulait atteindre. Diogo se coula entre deux eaux. Du reste, cette précaution était, hâtons-nous de le dire, presque inutile; ce n'était pas la rivière, sur laquelle ils n'avaient rien à redouter, que surveillaient les Guaycurus, mais seulement la colline où se trouvaient leurs ennemis.
Diogo se glissa donc sans encombre dans le buisson, ouvrit la cachette qu'il avait pratiquée pour cacher ses habits, et les en retira avec un vif sentiment de plaisir; mais, au lieu de s'en couvrir, il en fît un paquet, ainsi que de ses armes, et de nouveau il descendit dans la rivière.
Ce chemin lui paraissait plus court et plus sûr, et de plus il n'était pas fâché de se débarrasser complètement des quelques peintures qui lui restaient sur le corps.
Afin de ne pas attirer l'attention sur lui, le capitão avait enveloppé son paquet dans des feuilles de palmier et avait attaché le tout sur sa tête.
Or, comme il nageait juste au niveau de l'eau, ce paquet semblait dériver doucement en suivant le fil du courant; de la rive, il avait complètement l'apparence d'un amas de feuilles et de branches, et il aurait été impossible à l'œil le plus perçant d'apercevoir la tête du nageur, cachée par les herbes qui la recouvraient.
Il atteignit bientôt le pied de la colline.
Là il était sauvé et ne pouvait être vu que par les personnes que le hasard aurait conduites sur l'autre rive; mais, grâce à la largeur de la nappe d'eau et aux armes dont usent les Indiens, il ne songea pas à se cacher.
Après avoir calculé du regard la hauteur qu'il lui fallait gravir, hauteur assez considérable, disons-le tout de suite, et s'élevant presque à pic au-dessus de la rivière, le capitão prit d'une main son poignard, de l'autre le couteau que lui avait confié Tarou-Niom comme signe de reconnaissance, et il commença avec une facilité et une dextérité extrêmes à escalader cette espèce de muraille, en plantant tour à tour ses armes dans les anfractuosités des rochers, et s'élevant ensuite à la force du poignet, exercice gymnastique, soit dit en passant, très fatigant et surtout très périlleux.
L'ascension du capitão fut longue; un instant il demeura suspendu entre ciel et terre, sans pouvoir ni monter ni descendre; mais Diogo était un homme doué de trop de sang-froid et de courage pour se désespérer; une seconde de réflexion lui fit apercevoir une pente moins roide que celle qu'il suivait; il obliqua légèrement, redoubla d'efforts, et bientôt mit le pied sur la plate-forme de la colline.