Diogo savait si bien qu'il pouvait se fier à cette parole, qu'il l'accepta sans hésiter ou même sans faire la moindre objection.

«Je vous quitte, Malco, lui dit-il, ne vous impatientez pas trop. Ah! à propos, j'emmène votre cheval qui vous est inutile en ce moment, et dont moi j'ai le plus grand besoin, mais soyez tranquille, vous le retrouverez au pied de la colline. Je ne veux pas vous en priver. Allons, adieu.

—Allez au diable, mais souvenez-vous que je vous ai promis de vous tuer.

—Bah! Bah! répondit l'autre avec sa railleuse bonhomie, vous dites cela maintenant parce que vous êtes furieux; je le conçois, vous n'avez pas eu de chance avec moi aujourd'hui, vous serez plus heureux une autre fois.

—Je l'espère,» fit le métis en grinçant des dents.

Diogo, sans s'occuper davantage de lui, rattrapa facilement le cheval qui ne s'était pas beaucoup éloigné et partit aussitôt.

Avant de rentrer au camp, le capitão, qui était un homme d'ordre et qui, surtout, se souciait médiocrement de s'exposer à être tué par ses amis à cause de son déguisement, se dirigea par un chemin oblique vers la rivière.

Dès qu'il eut atteint le rivage, il abandonna le cheval, entra dans l'eau et se mit à la nage.

Bien que cette rivière fourmillât littéralement de caïmans, le capitão n'avait pas hésité à entrer dedans; il savait par expérience que les caïmans attaquent rarement l'homme et que le plus léger mouvement suffit pour les effrayer et les éloigner.

La seule chose qu'il redoutât, c'était d'être aperçu par les sentinelles indiennes qui sans doute étaient embusquées dans les buissons environnants, car, pour retrouver ses habits, il lui avait fallu aller du côté où les Guaycurus avaient établi leur invisible blocus.