—Je crois que si ces nouvelles sont vraies, elles sont excellentes.
—Vraies ou fausses, moi, je les trouve exécrables.
—Ah!
—Comprenez-moi bien, Excellence, et persuadez-vous que je possède des Indiens et de leurs mœurs une connaissance trop approfondie pour me tromper.
—Je le reconnais, mon ami, parlez donc, je vous prie.
—Je croirais, Excellence, manquer à tous mes devoirs, si, au point de vue où nous en sommes arrivés, je ne vous parlais pas avec la plus grande franchise; or, il est évident pour moi que les Indiens vous tendent un piège, les Guaycurus vous ont loyalement averti de vous retirer, ils vous ont laissé la liberté de le faire; à tort ou à raison vous avez méprisé leurs avis et vous vous êtes obstiné à pousser en avant. Je ne discute pas avec vous, remarquez-le bien, Excellence, l'opportunité de cette détermination, je constate un fait, voilà tout.
—Continuez, mon ami.
—Ils ont si peu l'intention de se retirer, qu'ils m'ont expédié, moi, sans savoir naturellement à qui ils s'adressaient, demander des secours à leurs alliés les Payagoas; puis ils vous ont attaqué avec fureur, non pas dans le but de s'emparer de votre camp, ils savaient d'avance qu'ils ne réussiraient pas, mais pour vous réduire dans l'état où vous êtes, c'est-à-dire aux abois, et à cela, vous en conviendrez vous-même, ils ont complètement réussi.
—Concluez, concluez, interrompit le marquis avec violence.
—La conclusion est des plus simples, Excellence, reprit le capitão avec ce ton de bonhomie qui lui était naturel: les Guaycurus ont feint de se retirer afin de vous attirer en plaine et avoir meilleur marché de vous, à cause des armes à feu que vous possédez, et dont la supériorité disparaîtra lorsque vous serez accablé par le nombre.