—Oui, répondirent à voix basse les Brésiliens.

—Alors, en route.»

La descente commença.

C'était un étrange spectacle que celui qu'offrait cette longue ligne de spectres noirs qui glissaient silencieux dans la nuit et semblaient ramper sur les flancs de cette colline.

Il faut avoir fait une marche semblable pour en bien comprendre toutes les terreurs secrètes.

Le bruit d'une branche fouettée par le vent, le froissement d'une feuille, le vol inattendu d'un oiseau nocturne, tout est sujet de crainte, tout fait tressaillir; l'homme le plus brave sent malgré lui le sang se glacer dans ses veines, car derrière chaque tronc d'arbre, chaque angle de rocher, il redoute de voir tout à coup surgir devant lui l'ennemi qu'il essaye d'éviter.

La descente fut longue, on ne marchait que lentement. Diogo qui semblait voir dans la nuit comme en plein jour, choisissait son terrain avec le plus grand soin et n'avançait que lorsqu'il était bien sûr que le sol sur lequel il posait le pied était solide.

Parfois on s'arrêtait pendant quelques secondes, alors un frémissement d'épouvante parcourait comme un courant électrique toute la ligne et faisait battre le cœur le plus ferme.

Enfin au bout d'une heure, dont chaque minute parut durer un siècle aux Brésiliens, on atteignit la plaine.

Le cri de l'alligator qui s'éleva dans le silence avertit les Brésiliens qu'ils devaient faire halte.