Deux minutes plus tard le même cri répété deux fois les fit se mettre en selle, puis enfin, au cri de la chouette, ils s'élancèrent au galop et partirent avec une rapidité doublée par la frayeur instinctive qu'ils éprouvaient d'un danger terrible qu'ils sentaient être suspendu au-dessus de leur tête.

Le marquis avait ordonné à doña Laura de monter à cheval; la jeune fille avait obéi passivement sans prononcer une parole, et sur l'injonction de don Roque, elle s'était placée ainsi que son esclave au milieu de la ligne des cavaliers.

Le marquis l'avait voulu ainsi parce que cette place lui paraissait la moins dangereuse et qu'il lui était ainsi plus facile de surveiller sa captive.

Pendant toute la nuit, les Brésiliens, penchés sur le cou de leurs chevaux, galopèrent à la suite du capitão.

Au lever du soleil, ils avaient fait dix-huit ou dix-neuf lieues, ce qui était énorme, mais les pauvres chevaux étaient rendus et ne pouvaient plus, se tenir.

A une lieue devant eux les fugitifs apercevaient un large cours d'eau.

C'était le Pilcomayo, un des affluents les plus considérables du rio Paraguay.

Le marquis s'approcha du capitão.

«Vous avez fait merveille, Diogo, lui dit-il; grâce à vos intelligentes dispositions, nous sommes sauvés.

—Ne me remerciez pas encore, Excellence, répondit l'Indien avec un sourire railleur, tout n'est pas fini encore.