Cependant, la distance diminuait rapidement entre les deux troupes, dont les voyageurs se trouvaient être pour ainsi dire le centre commun.
Ceux-ci, sans se dire un mot, mais comme d'un commun accord, s'étaient mis en selle, et au milieu du chemin, ils attendaient, calmes et dignes, mais la main sur leurs armes, et intérieurement sans doute fort inquiets, bien qu'ils ne voulussent pas le paraître.
La seconde troupe, dont nous n'avons pas encore parlé, se composait d'une trentaine de cavaliers au plus, portant tous le costume caractéristique et pittoresque des gauchos de la pampa; ils conduisaient au milieu d'eux une dizaine de mules chargées de bagages.
Arrivée à une quinzaine de pas des voyageurs, les deux troupes firent halte, semblant se mesurer de l'œil et se préparer mutuellement au combat.
Pour un spectateur indifférent, certes c'eût été un étrange spectacle que celui offert par ces trois groupes d'hommes, aussi fièrement campés au milieu d'une plaine déserte, se lançant des regards de défi, et cependant immobiles et comme hésitant à se charger.
Quelques minutes, longues comme un siècle, dans une situation aussi tendue, s'écoulèrent.
Le jeune officier, voulant sans doute en finir et ennuyé de cette hésitation qu'il ne paraissait pas partager, s'avança en faisant caracoler son cheval et en se frisant nonchalamment la moustache.
Arrivé à quelque cinq ou six pas des voyageurs:
«Holà! Bonnes gens, dit-il d'une voix narquoise, que faites-vous là, plantés, l'air effaré comme des ñandus à la couvée? Vous n'avez pas, je suppose, la prétention de nous barrer le passage, ce qui serait par trop réjouissant.
—Nous n'avons aucune prétention, señor capitan, répondit M. Dubois dans le meilleur castillan qu'il put imaginer, castillan qui, malgré ses efforts était déplorable, nous sommes des voyageurs paisibles.