—Je vous l'ai dit, parce que je le pensais.
—Et vous le pensez encore, sans doute?
—Pardieu!
—Eh bien! Voici ce que je vous propose; tous deux nous sommes armés; mettons pied à terre; dégainons nos sabres, et celui de nous qui abattra l'autre, sera libre d'agir comme bon lui semblera, c'est-à-dire que, si c'est vous, vous pourrez passer votre chemin sans crainte d'être inquiété, et, si c'est moi, eh bien bataille générale; cela vous convient-il ainsi?
—Je le crois bien, répondit en riant le peintre en se levant de selle.
—Qu'allez-vous faire monsieur Émile? s'écria vivement le vieillard, songez que vous vous exposez à un grand péril pour une cause qui, au fond, vous est indifférente et me regarde seul.
—Allons donc! fit-il en haussant les épaules, ne sommes-nous pas compatriotes? Votre cause est la mienne. Vive Dieu! Laissez-moi donner une leçon à cet Espagnol fanfaron qui s'imagine que les Français sont des poltrons.»
Et, sans vouloir rien entendre davantage, il dégagea son pied de l'étrier, sauta à terre, dégaina son sabre et en piqua la pointe en terre en attendant le bon plaisir de son adversaire.
«Mais savez-vous vous battre au moins? s'écria M. Dubois, en proie à la plus vive inquiétude.
—Plaisantez-vous, répondit-il en riant; à quoi auraient servi les vingt-cinq ans de guerre de la France, si ses fils n'avaient pas appris à se battre; mais, rassurez-vous, ajouta-t-il sérieusement, j'ai dix-huit mois de salle à l'épée et je manie le sabre comme un hussard; d'ailleurs, nous autres artistes, nous savons ces choses-là d'instinct.»