Cependant, le capitaine avait lui aussi mis pied à terre après avoir ordonné à sa troupe de demeurer spectatrice du combat; les cavaliers avaient hoché la tête d'un air de mauvaise humeur: pourtant ils n'avaient pas fait d'observation; mais le vieux sergent dont nous avons parlé et qui, sans doute, jouissait de certaines privautés auprès de son chef, fit quelques pas en avant et crut devoir hasarder une respectueuse protestation contre ce combat qui lui semblait une folie.
Le capitaine, sans lui répondre autrement, lui fit un geste muet d'une expression tellement nette et impérieuse que le digne soldat rétrograda tout penaud et alla reprendre son rang sans oser risquer une seconde remontrance.
«C'est égal, grommela-t-il entre ses dents en retroussant ses moustaches d'un air furieux, si cet hérétique a le dessus, quoi que puisse dire don Lucio, je sais bien ce que je ferai.»
Le jeune capitaine sauta légèrement à terre et s'avança vers son adversaire qu'il salua poliment.
«Je suis heureux, lui dit-il gracieusement, de l'occasion qui se présente de recevoir d'un Français une leçon d'escrime, car vous avez la réputation d'être passés maîtres en fait d'armes.
—Eh! Peut-être dites-vous plus vrai que vous ne le croyez, señor, répondit le peintre avec un sourire railleur; mais, en supposant que la science nous manque quelquefois, le cœur ne nous fait jamais défaut.
—J'en suis convaincu, monsieur.
—Quand il vous plaira de commencer, capitaine, je suis à vos ordres.
—Et moi aux vôtres, señor.»
Les deux adversaires se saluèrent du sabre et tombèrent en garde à la fois avec une grâce parfaite.