—Peut-être que si je leur parlais, hasarda le vieillard.
—Pas un mot, pas un geste, cela me regarde seul; vous êtes mon hôte, mon devoir est de vous défendre, et, vive Dieu! Tant que vous serez sous mon toit, je vous défendrai, quoi qu'il advienne, envers et contre tous.
Le vieillard n'essaya pas d'insister; d'ailleurs, il n'en aurait pas eu le temps; les peones, un instant étonnés de son apparition imprévue au milieu d'eux, recommençaient leurs cris et leurs gestes frénétiques en brandissant leurs armes d'un air menaçant, et en rétrécissant d'instant en instant le cercle dans lequel M. Dubois et ses quelques défenseurs étaient resserrés.
La lutte qui allait s'engager entre les deux partis était des plus inégales et dans les proportions à peu près d'un contre quatre, puisque, à part les deux Français, six Indiens seulement, dont trois maintenaient les chevaux et les mules, se préparaient à combattre les vingt et quelques bandits si insolemment révoltés.
Cependant, malgré leur petit nombre, les Français et leurs serviteurs résolurent de faire bravement face au péril et de soutenir le combat jusqu'au dernier soupir, trouvant indigne d'eux d'accepter les conditions que ces misérables prétendaient leur imposer.
Le peintre arma froidement ses pistolets, jeta son fusil en bandoulière, et au lieu d'attendre l'attaque des peones, il s'avança résolument vers eux après avoir enjoint d'un geste à ses compagnons de demeurer où ils étaient, mais d'être prêts à le défendre.
Une action hardie impose toujours aux masses.
Les peones, au lieu de continuer à marcher en avant, hésitèrent, s'arrêtèrent, et finirent par reculer jusqu'à la muraille du hangar contre laquelle ils s'adossèrent.
Ils ne comprenaient rien à l'étrange témérité de cet homme qui osait ainsi venir seul les braver, et malgré eux, par un sentiment instinctif, ils éprouvaient pour lui un respect mêlé de crainte; d'ailleurs le combat qui avait eu lieu quelques heures auparavant entre le jeune homme et le capitaine espagnol, en leur prouvant la force et la bravoure incontestables de l'étranger avait excité leur admiration, circonstance qui pesait d'un grand poids, en ce moment, dans leur pensée, ajoutait encore au respect qu'ils éprouvaient et redoublait leur hésitation.
L'artiste avait jugé la situation d'un coup d'œil, il avait compris qu'il ne pouvait sortir du mauvais pas dans lequel il se trouvait qu'à force d'audace et de témérité. Sa résolution avait été prise en un instant, et, au lieu d'attendre le danger, il avait été bravement au-devant de lui, convaincu que ce moyen était seul praticable pour sauver sa vie et celle de ses compagnons, qui, en ce moment, semblaient être fort aventurées et dépendre plutôt du hasard que de la plus habile conception.