Un spectacle étrange et auquel il était certes loin de s'attendre, s'offrit alors à ses regards étonnés.

La plate-forme, ou pour mieux dire la cour située devant le rancho, était occupée par une vingtaine d'individus qui criaient et gesticulaient avec fureur, et au milieu desquels se trouvait le peintre, la tête nue, les cheveux au vent, le pied droit posé sur son fusil jeté à terre devant lui et un pistolet de chaque main.

Derrière le jeune homme, cinq ou six Indiens, ses serviteurs, probablement, se tenaient immobiles, le fusil épaulé, prêts à faire feu.

A l'entrée du hangar, les mules chargées et les chevaux sellés étaient maintenus par deux ou trois Indiens armés aussi de fusils et de sabres.

A la lueur des torches, dont la flamme rouge l'éclairait de reflets sinistres, cette scène prenait une apparence fantastique d'un effet saisissant, tranchant brusquement avec les ténèbres profondes qui régnaient dans la plaine, et que la lumière changeante des torches rayait de taches sanglantes à chaque souffle de la brise nocturne.

Le vieillard, sans chercher l'explication de ce drame lugubre, mais comprenant instinctivement qu'il se passait quelque chose de terrible auquel il était personnellement intéressé, s'élança résolument aux côtés de son jeune compatriote.

«Qu'y a-t-il donc? s'écria-t-il en armant son fusil. Sommes-nous attaqués?

—Oui, répondit brièvement le jeune homme; oui, nous sommes attaqués, mais par vos peones.

—Par mes peones! exclama M. Dubois avec stupeur.

—Il paraît que ces dignes gauchos ont trouvé vos bagages à leur convenance et que l'idée leur est venue de se les approprier, voilà tout, c'est très simple, comme vous voyez; mais laissez-moi faire; ils n'en sont pas encore où ils le supposent.