Émile était d'une témérité folle, qui ne faisait jamais de concessions au danger; au contraire, il allait toujours tête baissée en avant; le lecteur a déjà été à même de s'en apercevoir, mais cette fois, contrairement à ses habitudes, il usa d'une certaine prudence avant de révéler sa présence aux inconnus.

Il arma doucement, sous son poncho, ses pistolets qu'il tint à la main, prêt à s'en servir si besoin était, puis, se levant du banc sur lequel jusqu'à ce moment il était demeuré assis:

«¡Hola! caballeros, dit-il d'une voix haute bien que contenue pour ne pas être entendu d'autres personnes, si par hasard il s'en trouvait aux environs, que de celles auxquelles il s'adressait: prenez garde! Il y a ici des oreilles qui vous entendent.»

Les deux hommes poussèrent une exclamation de surprise et de terreur, puis il y eut un craquement formidable dans le bosquet, et ils apparurent en face du jeune homme, tenant chacun un sabre d'une main et un pistolet de l'autre, le visage bouleversé par la colère et l'épouvante.

Mais ils s'arrêtèrent soudain.

Le jeune homme se tenait immobile devant eux, les pistolets aux poings.

«Halte! Et parlementons,» dit-il froidement.

Cette scène avait quelque chose d'étrange et de saisissant.

Dans ce bosquet d'orangers en fleur, aux reflets argentés de la lune, au milieu de cette tranquillité profonde, au sein de cette nature calme à laquelle le silence imposant de la nuit imprimait un certain cachet de majesté, ces trois hommes posés ainsi face à face, se mesurant de l'œil et prêts à en venir aux mains, formaient un contraste des plus tranchés avec ce qui les entourait.

«Parlementer, dit le comte, à quoi bon?