—Qui donc êtes-vous, señor, pour qu'on doive vous croire ainsi au premier mot?

—Moi! fit en riant le jeune homme, bien peu de chose auprès de vous, un pauvre peintre français, mais honnête, vive Dieu! Jusqu'au bout des ongles.

—Ah! Voilà mon homme, s'écria le second étranger, qui jusque-là était demeuré muet; je le reconnais maintenant! Rengainez votre sabre et quittez votre pistolet, mon cher comte; des armes sont de trop ici.

—Je le veux bien, si telle est votre opinion, capitaine, répondit le comte avec hésitation; cependant, il me semble que dans une circonstance aussi sérieuse....

—Bas les armes! Vous dis-je, interrompit le capitaine, qui déjà avait fait disparaître les siennes, je réponds corps pour corps de ce cavalier.

—Soit, dit le comte, mais la prudence exigerait....

—Quoi? Puisque ce caballero vous donne sa parole et que cette parole est corroborée par la mienne; cela est suffisant, il me semble,» reprit le capitaine avec un commencement d'impatience.

Le jeune homme voyant que ses adversaires n'avaient plus, en apparence, d'intentions hostiles, désarma tranquillement ses pistolets et, les repassant à sa ceinture, il se tourna vers celui des deux étrangers qui était si à l'improviste venu à son secours.

«Je vous remercie, señor, dit-il, de la bonne opinion que vous voulez bien avoir de moi; bien que votre voix ne me soit pas inconnue, cependant je serai heureux qu'il vous plût de rafraîchir mes souvenirs, en m'apprenant, si cela vous est possible, où j'ai eu l'avantage de vous rencontrer précédemment.

—¡Vive Dios! señor don Emilio, reprit-il d'un ton de bonne humeur, vous avez la mémoire courte.