«Vous ne vous étiez pas trompé, don Juan Armero, reprit le premier officier, c'est effectivement le capitaine Quiroga; je distingue d'ici son long corps maigre qui semble jouer dans ses habits, et sa face anguleuse et bourrue qui le fait ressembler à un oiseau de nuit.
—Le fait est, répondit don Juan, que le digne capitaine est facile à reconnaître; mais vous devriez plus le ménager, don Estevan; vous savez que le général l'aime beaucoup et peut-être lui déplairait-il d'en entendre parler ainsi.
—Au diable! Si j'en dis du mal; le capitaine Quiroga est un brave et digne soldat que j'aime et que j'apprécie fort moi-même; mais cela ne va pas jusqu'à lui trouver la tournure d'un Adonis.
—Ce dont il se soucie fort peu sans doute, señores, dit Zèno Cabral en se mêlant tout à coup à la conversation; il se contente d'être un de nos officiers les plus braves et les plus expérimentés, et cela suffit.
—¡Caramba! Général, et nous aussi nous l'aimons tous, ce vieux brave, qui pourrait être notre père, et qui nous conte, pendant les nuits de bivouac, de si bonnes histoires de l'ancien temps.»
Le chef des partisans sourit sans répondre.
«Mais que nous amène-t-il ici? s'écria tout à coup don Estevan Albino, l'officier qui le premier avait parlé, Dieu me pardonne si je n'aperçois pas les plis d'une robe et si je ne vois pas flotter une mantille.
—Deux robes et deux mantilles, s'il vous plaît, don Estevan, et même davantage, si je ne me trompe, répondit plus posément don Juan Armero.
—¡Válgame Dios! dit en riant le jeune officier, le vieux reître nous amène toute une volée de cotillons.»
Les officiers se levèrent; quelques-uns ouvrirent des lorgnettes et se mirent à examiner attentivement la troupe qui arrivait, se perdant en commentaires sur la prise faite par le vieil officier, et qu'il amenait avec lui.