Cette singulière boutade de la part d'un homme qui parlait si peu d'habitude, étonna tout le monde et, changeant subitement le cours des idées des partisans, les fit éclater en rires moqueurs et en quolibets à l'adresse du condamné, qui dès lors perdit tout espoir.

Un soldat était monté sur un arbre situé à quelques pas seulement, et avait attaché son lasso à la maîtresse branche. Le capitaine ordonna que l'espion fût amené sous l'arbre, et un nœud coulant fut immédiatement jeté autour de son cou.

«Arrêtez! s'écria la prisonnière en s'interposant vivement, cet homme est à moi; prenez garde à ce que vous allez faire.»

Il y eut un instant d'hésitation; le misérable respira, il se crut sauvé.

«Prenez garde vous-même, señora, répondit durement Zèno Cabral, moi seul commande ici.

—Je suis la marquise de Castelmelhor, reprit-elle, l'épouse du général de Castelmelhor; chaque goutte du sang de cet homme coûtera la vie à des milliers de vos compatriotes.

—Vous êtes étrangère, madame, femme, vous l'avez dit vous-même, d'un général Portugais qui est entré il y a quelques jours à peine sur notre territoire pour le ravager; songez à vous, et n'intercédez pas davantage pour ce misérable.

—Mais, fit-elle avec une ironie cruelle, n'êtes-vous pas Portugais vous-même, señor, Portugais d'origine, du moins?

—Assez, madame; par respect pour vous-même, n'insistez pas; cet homme est coupable, il est condamné, il doit mourir, il mourra.»

En ce moment, une seconde femme qui jusqu'à ce moment était demeurée confondue au milieu des prisonniers, s'élança vivement en avant, et saisissant par un geste fébrile le bras du partisan, tandis que des larmes inondaient son visage pâli par l'émotion: