Il se fit un mouvement parmi les soldats; quelques-uns se détachèrent du groupe qui entourait les prisonniers et amenèrent, en le rudoyant, devant leur chef un métis à la mine chafouine, aux yeux louches et aux membres trapus, que, pour plus de sûreté sans doute, ils avaient solidement garrotté avec un lasso.
Don Zèno Cabral considéra un instant cet homme, qui se tenait humble et tremblant devant lui, avec un singulier mélange de pitié et de dégoût.
«Vous êtes convaincu de trahison, lui dit-il enfin. J'ai le droit de vous faire pendre; je vous accorde cinq minutes pour recommander votre âme à Dieu.
—Je suis innocent, noble général, murmura le misérable en tombant à genoux et en courbant craintivement la tête.»
Le partisan haussa les épaules et se retourna vers les officiers avec lesquels il commença à causer à voix basse, d'un air indifférent, sans paraître écouter les prières que le prisonnier continuait à lui adresser d'un ton pleurard.
Trois ou quatre minutes s'écoulèrent. Un silence funèbre planait sur la foule attentive des montoneros.
C'est toujours une chose grave qu'une condamnation à mort, prononcée froidement, résolument et sans appel, même pour des hommes habitués à jouer leur vie sur un coup de dé, comme ceux qui assistaient à cette scène; aussi, malgré eux, se sentaient-ils saisis d'un secret effroi, augmenté encore par les notes dolentes de la voix du misérable qui se tordait de peur au milieu d'eux et implorait en sanglotant la pitié de leur chef.
Celui-ci se retourna et, faisant un signe au capitaine Quiroga:
«Il est temps, dit-il.
—Caray, dit le capitaine, il y a assez longtemps que le pícaro cherche la potence, il ne l'aura pas volée; ce sera au moins une satisfaction pour lui à son dernier moment.»