Cette femme, dans toute la force et la plénitude de sa beauté, paraissait âgée de vingt-sept à vingt-huit ans, bien qu'en réalité elle en eût environ trente-trois. Ses traits, d'une régularité de lignes extrême, réalisaient l'idéal de la beauté romaine; ses yeux noirs, pleins de feu et de passion, son front pur, sa bouche mignonne, sa peau fine et veloutée, son teint légèrement doré par le soleil, et, plus que tout, l'expression hautaine et railleusement cruelle de sa physionomie saisissait et inspirait pour elle une répulsion dont il était impossible de se rendre compte au premier abord; sa taille majestueuse, ses gestes pleins de noblesse, tout en cette femme, par un contraste inexplicable, effrayait au lieu d'attirer. On devinait les rugissements de la bête fauve dans les modulations harmonieuses de sa voix, et les griffes du tigre apparaissaient sous ses ongles roses.

«Prenez garde à ce que vous faites, caballero, reprit-elle; je suis étrangère, moi; je voyage paisiblement; nul n'aie droit de m'arrêter, ou seulement d'entraver ma course.

—Peut-être, madame, répondit froidement le partisan; mais, je vous le répète, lorsque je vous interrogerai, alors, mais alors seulement, je vous permettrai de me répondre.

—Suis-je donc tombée entre les mains de bandits sans foi ni loi? reprit-elle avec mépris. Suis-je au pouvoir d'écumeurs du désert? Du reste, la façon dont jusqu'à présent j'ai été traitée, et la vue de l'homme devant lequel on m'a conduite, me le feraient supposer.»

Un murmure de colère, réprimé aussitôt par un geste de Zèno Cabral, s'éleva parmi les officiers à cette imprudente provocation.

«Où est le guide que nous soupçonnions de trahison! dit le partisan en se retournant vers le capitaine.

—Je m'en suis emparé, répondit celui-ci.

—Fort bien. Avez-vous acquis des preuves de sa trahison?

—D'irrécusables, mon général.

—Qu'on l'amène.»