—Je suis juste comme toujours, général,» répondit-il en le regardant bien en face.

Le partisan pâlit à cette dure apostrophe, mais se remettant aussitôt:

«Merci, mon vieil ami, reprit-il en lui tendant la main, merci de m'avoir rappelé ce que je me dois à moi-même. Qu'on sonne le boute-selle, nous partons pour San Miguel, señores. Capitaine, je laisse les prisonniers sous votre garde, qu'ils soient traités avec douceur.

—Bien, Zèno, je vous reconnais, répondit le vieux soldat d'une voix basse et concentrée en se penchant sur la main que lui tendait son chef et la baisant; bien, mon ami.

—Allons, señores, à cheval!» cria le partisan en se retournant pour cacher son émotion.


[VI]

LA TERTULIA.

Le Cabildo de San Miguel de Tucumán resplendissait de bruit et de lumières; le peuple réuni sur la plaza Mayor voyait par les fenêtres ouvertes la foule des invités, hommes et femmes, dans leurs plus magnifiques costumes et les plus brillantes toilettes encombrer les salons.

Le gouverneur donnait une tertulia de gala pour célébrer, style officiel, l'éclatante victoire remportée par le célèbre et valeureux chef de partisans, don Zèno Cabral, sur les troupes du roi d'Espagne.