Au milieu de la foule, le général commandant et le gouverneur se promenaient suivis d'un nombreux état-major étincelant de broderies, rendant d'un air protecteur les saluts qu'on leur adressait.
Près d'eux se tenait M. Dubois, droit, sec et roide, dans son habit noir à la française et ses culottes courtes, formant, avec ceux qui l'entouraient, le plus étrange et le plus singulier contraste.
Le peintre eut peine à retenir un éclat de rire en l'apercevant, et il essaya de se dissimuler au milieu des groupes; mais ce fut peine perdue, M. Dubois l'aperçut et vint droit à lui.
Force fut au peintre de l'attendre.
«Mon jeune ami, dit M. Dubois en passant son bras sous le sien et en l'entraînant dans l'embrasure d'une fenêtre déserte en ce moment, je suis heureux du hasard qui me fait vous rencontrer, j'ai à causer sérieusement avec vous.
—Sérieusement? fit l'artiste avec un geste de désappointement; diable!
—Oui, reprit-il en souriant, vous allez voir.
—C'est que je ne suis guère sérieux de ma nature, reprit-il; je suis artiste, moi, vous le savez, peintre, amant passionné de l'art; c'est justement pour échapper aux exigences de la vie sérieuse que j'ai abandonné la France pour venir en Amérique.
—Alors, vous êtes bien tombé, fit M. Dubois avec une pointe d'ironie.
—Je commence à croire que j'ai eu tort.