—Je m'étonne, señor, reprit froidement le jeune homme, que vous, un hidalgo, un gentilhomme de la vieille roche, vous fassiez ainsi, à tout propos, preuve d'aussi mauvais goût.

—Prenez garde, monsieur, s'écria le comte, ne jouez pas ainsi avec ma colère; si vous me poussez à bout, je puis tout oublier.

—Allons donc, fit Émile en haussant les épaules avec dédain, me prenez-vous pour un enfant craintif qu'on intimide avec des menaces? Vous oubliez qui je suis et qui vous êtes. Croyez-moi, demeurons vis-à-vis l'un de l'autre dans les bornes de la courtoisie, un éclat vous perdrait et vous rendrait ridicule.

—Finissons-en, dit le capitaine en s'interposant, cela n'a déjà que trop duré; n'attirons pas l'attention sur nous, pour une semblable niaiserie. Vous voulez, señor, reconquérir votre liberté en obtenant que nous vous rendions votre parole, n'est-ce pas cela?

—En effet, voilà ce que je demande, señor, ai-je tort?

—Ma foi, non; en agissant ainsi vous ne faites qu'obéir à cet instinct que Dieu a mis au cœur de tous les hommes, je ne saurais vous blâmer.

—Que faites-vous capitaine? s'écria le comte avec violence.

—Eh, mon Dieu! Mon cher comte, je fais ce que je dois faire. De deux choses l'une, ou cet étranger est un honnête homme, auquel nous devons avoir confiance, ou c'est un fripon qui nous trompera quand il en trouvera l'occasion; dans un cas comme dans l'autre, nous devons nous fier à sa parole; s'il est honnête il la tiendra, si non, il parviendra toujours à nous échapper.

—Parfaitement raisonné, señor, répondit l'artiste. Cette parole, je vous l'ai donnée, croyez-moi, elle me lie plus fortement envers vous que la chaîne la mieux forgée.

—J'en suis convaincu, señor; pour terminer cette contestation, je vous déclare ici que vous êtes libre de faire ce que bon vous semblera, sans que nous essayions d'y mettre obstacle, certains que vous ne voudrez pas trahir des hommes contre lesquels vous n'avez aucun motif de haine, et auxquels vous avez promis le secret.