—Vous m'avez bien jugé, señor; je vous remercie de cette opinion, qui est vraie!

—Vous le voulez, s'écria le comte avec une colère contenue, soit; je n'ai pas le droit de m'opposer à votre volonté; mais vous vous repentirez de cette folle confiance envers un homme que vous ne connaissez pas, et qui, de plus, est étranger.

—Allons donc, cher comte, vous poussez trop loin la méfiance aussi! Il y a des honnêtes gens partout, même dans cette France que vous haïssez, et ce cavalier est du nombre. Votre main, señor, et au revoir; peut-être nous rencontrerons-nous dans des circonstances plus favorables; alors j'espère que vous m'accorderez votre amitié comme déjà je vous ai offert la mienne.

—De grand cœur, monsieur, fit le peintre en pressant avec effusion la main qui lui était tendue, et en ne répondant que par un sourire de dédain aux paroles du comte.

—Maintenant que, grâce à Dieu, cette grave discussion est terminée, reprit en riant le capitaine, je crois que toutes nos affaires, ici, sont faites pour cette nuit, mon cher comte, et qu'il est temps de nous retirer.

—Nous ne sommes demeurés que trop longtemps ici; comme vous, je pense qu'il faut en sortir le plus tôt possible, répondit le comte d'un air bourru.

—Si vous me le permettez, je vous accompagnerai jusque sur la place, señores; si séduisante que soit cette fête, elle n'a plus de charmes pour moi; j'éprouve le besoin de me reposer.

—Venez donc,» répondit le capitaine.

Ils quittèrent alors le salon dans lequel ils étaient restés jusque-là, et se dirigèrent vers la sortie.

«Ma foi, pensa le peintre, je suis heureux d'en être quitte à ce prix; me voici donc libre enfin; quant à ce cher monsieur Dubois, je lui souhaite bien du plaisir, et surtout de trouver promptement un autre secrétaire, car il aurait parfaitement tort de compter sur moi.»