—Je vous avoue que je n'ai pas grande confiance dans sa loyauté future.
—Vous êtes dans l'erreur à cet égard, vous ne connaissez pas les Indiens mansos—soumis;—celui-ci, une fois qu'il aura été corrigé, vous servira fidèlement, rapportez-vous en à moi là-dessus.
—Je le veux bien; mais cette correction, quelle qu'elle soit, je vous confesse que je me sens incapable de la lui administrer.
—Qu'à cela ne tienne! Voici notre ami don Torribio, qui n'a pas le cœur aussi tendre que vous et qui se chargera de ce soin.
—Je ne demande pas mieux pour vous être agréable,» appuya don Torribio.
Nous arrivions en ce moment en face du prisonnier. Le pauvre diable, qui savait sans doute ce qui le menaçait, avait l'air fort penaud et fort mal à son aise; du reste, il était solidement attaché, le visage tourné vers l'arbre.
Nous mîmes pied à terre.
Don Zèno s'approcha du prisonnier, pendant qu'avec un imperturbable sang-froid don Torribio s'occupait à plier son laço en plusieurs doubles dans sa main droite.
«Écoute, pícaro, dit don Zèno à l'Indien attentif, ce caballero t'a engagé à Buenos Aires; non seulement tu l'as lâchement abandonné dans la pampa, mais encore tu l'as volé; tu mérites un châtiment, ce châtiment, tu vas le recevoir. Don Torribio, mon cher seigneur, veuillez, je vous prie, appliquer cinquante coups de laço sur les épaules de ce bribon, et cela de façon à ce qu'il les sente.»
L'Indien ne répondit pas un mot, le gaucho s'approcha alors et avec la conscience qu'il mettait à tout ce qu'il faisait, il leva son laço qui retomba en sifflant sur les épaules du pauvre diable, où il traça un sillon bleuâtre.