L'Indien ne fit pas un mouvement, il ne poussa pas un cri; on l'aurait cru changé en statue de bronze tant il était immobile et indifférent à force de volonté ou de stoïcisme.

Quant à moi, je souffrais intérieurement, mais je n'osais intervenir convaincu de la justice de cette exécution sommaire.

Don Zèno Cabral comptait impassiblement les coups au fur et à mesure qu'ils tombaient.

Au onzième le sang jaillit.

Le gaucho ne s'arrêta pas.

L'Indien, bien que ses chairs frissonnassent sous les coups de plus en plus pressés, conservait son impassibilité de marbre. Malgré moi, j'admirais le courage de cet homme, qui réussissait si complètement à dompter la douleur et à retenir même le plus léger signe de souffrance, bien qu'il dût en éprouver une atroce.

Les cinquante coups auxquels le guide avait été condamné par l'implacable don Zèno lui furent administrés par le gaucho, sans qu'il en manquât un seul; au trente-deuxième, malgré tout son courage, l'Indien avait perdu connaissance; mais cela n'avait pas, malgré ma prière, interrompu l'exécution.

«Arrêtez, dit enfin don Zèno, lorsque le nombre fut complet, détachez-le.»

Les liens furent coupés, le corps du pauvre diable, que les cordes seules soutenaient, tomba inerte sur le sable.

Le fils du gaucho s'approcha alors, frotta avec de la graisse de bœuf, de l'eau et du vinaigre les plaies saignantes de l'Indien, lui rejeta son poncho sur les épaules, puis il le laissa là.