«Don Gustavio, me dit-il, quittez une fois pour toutes ces façons européennes qui ne sont pas de mise ici; on ne gêne pas un homme comme moi, dont la fortune s'élève à plusieurs millions de piastres, qui est maître après Dieu d'un territoire de plus de trente lieues carrées et qui commande à plus de deux mille individus blancs, rouges et noirs; en acceptant franchement l'hospitalité que cet homme vous offre loyalement comme à un ami et à un frère, on lui fait honneur.

—Ma foi, répondis-je, mon cher hôte, vous avez une façon de prendre les choses qui rend un refus tellement impossible, que je me mets complètement à votre discrétion; faites de moi ce que bon vous semblera.

—A la bonne heure, voilà qui est parler à la française, sans ambages et sans réticences; mais rassurez-vous, je n'abuserai pas de la latitude que vous me donnez en vous conservant malgré vous auprès de moi; peut-être même, si vos idées vagabondes vous tiennent toujours au cœur, vous ferai-je d'ici quelques jours une proposition qui vous sourira.

—Laquelle? m'écriai-je vivement.

—Je vous le dirai; mais, chut! Nous voici arrivés.»

En effet, cinq minutes plus tard nous entrâmes dans la fazenda entre une double haie de domestiques rangés pour nous recevoir et nous faire honneur.

Je ne m'étendrai pas sur la façon dont l'hospitalité me fut offerte dans cette demeure réellement princière.

Quelques jours s'écoulèrent pendant lesquels mon hôte chercha par tous les moyens à me distraire et à me faire agréablement passer le temps.

Cependant, malgré tous ses efforts pour paraître gai, je remarquai qu'une pensée sérieuse le préoccupait; je n'osais l'interroger craignant de lui paraître indiscret, seulement j'attendais avec impatience qu'il me fît une ouverture qui me permît de satisfaire ma curiosité en lui adressant quelques questions que j'avais incessamment sur les lèvres et que je retenais à grand-peine.

Enfin, un soir, il entra dans ma chambre; un domestique dont il était accompagné portait plusieurs liasses énormes de papiers.