Après avoir fait déposer ces papiers sur une table et renvoyé le domestique, dont Zèno s'assit près de moi, et après un instant de réflexion:
«Don Gustavio, me dit-il, je vous ai parlé d'une expédition à laquelle j'avais l'intention de vous associer, n'est-ce pas?
—En effet, répondis-je, et je suis prêt à vous suivre, don Zèno.
—Je vous remercie, mon ami; mais avant que d'accepter votre consentement, laissez-moi vous donner quelques mots d'explication.
—Faites.
—L'expédition dont il s'agit est des plus sérieuses; elle est dirigée vers des contrées inconnues qui n'ont été que rarement et à de longs intervalles foulées par les pieds des blancs; nous aurons des obstacles presque infranchissables à surmonter, des dangers terribles à courir; malgré les précautions prises par moi pour assurer notre sûreté, je dois vous avouer que nous risquons de trouver la mort au milieu des hordes de sauvages qu'il nous faudra combattre; moi, mon sacrifice est fait, j'ai mûrement réfléchi et pesé avec soin dans mon esprit toutes les chances de réussite ou d'insuccès que nous devons rencontrer.
—Et vous partez?
—Je pars, oui, parce que j'ai les plus sérieux motifs pour le faire; mais vous, votre position n'est pas la même, je ne me reconnais pas le droit de vous entraîner à ma suite dans une tentative désespérée, dernier coup d'une partie commencée depuis longues années et dont le résultat doit, à part votre amitié pour moi, vous demeurer indifférent.
—Je partirai avec vous, don Zèno, quoi qu'il advienne, mon parti est pris, ma résolution ne changera pas.»
Il garda un instant le silence.