Outre le couteau pendant à sa ceinture, le chef guaycurus avait posé sur le sol, auprès de lui, un carquois de quatre pieds de long, en peau de tapir, rempli de flèches; un arc de palo d'arco poli et luisant, d'une force et d'une dimension peu communes, gisait près du carquois et à portée de sa main; appuyée contre un palmier, se trouvait une énorme lance, longue d'au moins quinze pieds et armée d'un fer tranchant, garni à son extrémité inférieure d'une touffe de plumes d'autruche.
Le second Indien était à peu près du même âge que son interlocuteur; les traits de son visage, malgré la peinture et les tatouages qui les défiguraient, étaient beaux, et sa physionomie, douée d'une extrême mobilité; il était vêtu et armé comme le premier; seulement, à la coiffure faite avec le cocon fibreux et élastique de la fleur du palmier ubassa, qui lui couvrait le sommet de la tête, il était facile de le reconnaître pour un chef payagoas, nation presque aussi puissante que celle des Guaycurus, et qui a avec elle une origine commune, bien que souvent elles soient en guerre l'une contre l'autre.
Le dernier Indien était un pauvre diable, à demi nu, maigre, courbé, d'une apparence timide et maladive: un esclave, selon toute probabilité; il se tenait craintivement hors de portée de voix des deux chefs, dont il surveillait les chevaux qu'il était chargé de garder. Ces chevaux, peints comme leurs maîtres de différentes couleurs, n'avaient pour tout harnachement qu'une selle grossière, garnie d'étriers de bois, recouverte d'une peau de tapir, et à droite et à gauche de laquelle pendaient un lasso et les redoutables bolas; en guise de bride, ils n'avaient qu'une corde filée avec les fibres de l'ananas sauvage.
Au moment où nous mettons en scène ces trois personnages, le chef guaycurus parlait, tout en fumant une espèce de calumet fait de feuilles de palmier roulé, écouté avec la plus sérieuse déférence par l'autre chef, qui se tenait debout devant lui, appuyé nonchalamment sur sa longue lance.
«L'homme que mon frère Emavidi-Chaimè m'a annoncé ne vient pas, dit-il, le soleil descend rapidement sous la terre; plusieurs heures se sont écoulées depuis que j'attends au rendez-vous; que pense le chef des Payagoas?
—Il faut attendre encore; l'homme viendra; il a promis: bien que dégénéré, ce n'est point une face pâle; il a dans les veines quelques gouttes du sang des Tupis.»
Le Guaycurus hocha à plusieurs reprises la tête d'un air de dédain.
«Quel est le nom de cette homme? reprit-il.
—Tarou-Niom le connaît? Il a Une fois déjà traité avec lui; c'est un mamaluco. Son nom est Malco Díaz.
—Je l'ai vu,» dit laconiquement le chef en penchant d'un air pensif la tête sur sa poitrine.»