Au loin s'étendait, encadré dans de hautes montagnes couvertes d'impénétrables forêts, le sertão que les Brésiliens se préparaient à traverser et qui, vu du point où ils avaient campé, leur apparaissait comme un immense tapis de verdure, coupé dans tous les sens par d'innombrables cours d'eaux, qui miroitaient aux rayons du soleil et semblaient des fleuves de diamants.

Tout était joie et bonheur dans cette nature si calme et si majestueuse, que la main de l'homme n'avait pas encore déformée et qui était demeurée telle qu'elle était sortie des mains du Créateur.

Les esclaves noirs, les chasseurs métis et les soldats indiens qui composaient la caravane subissaient, malgré eux, l'influence magnétique de cette délicieuse matinée et semblaient avoir oublié leurs fatigues et leurs périls passés pour ne plus songer qu'à l'avenir qui leur apparaissait si doux et si rempli de séduisantes promesses; c'était en riant, en chantant et en causant gaiement entre eux qu'ils s'acquittaient de la rude tâche de lever le camp.

Seul, malgré tous ses efforts pour feindre, sinon la joie, du moins l'insouciance, le marquis restait sombre et pensif; c'est que, brûlé par la honteuse passion de l'or, son cœur recélait de terribles tempêtes et demeurait insensible aux magnifiques harmonies de la nature, qui agissaient si puissamment sur les organisations abruptes mais honnêtes des Indiens et des nègres.

Cependant, les chevaux étaient sellés, les mules avaient repris leur charge, les tentes roulées étaient placées sur une charrette traînée par plusieurs bœufs. Doña Laura était montée dans son palanquin, qui s'était immédiatement refermé sur elle; on n'attendait pour se remettre en route que l'ordre du marquis.

Don Roque se promenait à l'écart, absorbé dans ses pensées; il semblait avoir oublié que tout était prêt pour le départ et que le moment était venu d'effectuer la descente de la montagne pour entrer dans le désert.

Depuis quelques minutes, le capitão qui avait présidé avec activité et intelligence à la levée du camp, tournait d'un air embarrassé autour de son chef, dont il cherchait à attirer l'attention; mais tous ses efforts étaient en pure perte, le marquis ne prenait aucunement garde à lui, enfin le capitão se hasarda à lui toucher légèrement le bras.

Don Roque tressaillit à cet attouchement et fixant un regard interrogateur sur le capitão:

«Que me voulez-vous, don Diogo? lui demanda-t-il sèchement.

—Excellence, répondit-il, on n'attend plus que votre bon plaisir pour se mettre en marche.