Le marquis fit un geste d'impatience.
«Est-ce donc pour me répéter ces sinistres prédictions que vous m'arrêtez ainsi? s'écria-t-il en frappant du pied.
—Nullement, Excellence, je ne me reconnais le droit ni de contrôler vos actes, ni de contrarier vos projets, je vous ai averti, voilà tout; malgré l'avertissement que j'ai cru devoir vous donner, vous voulez pousser en avant, soit, cela ne me regarde plus, je suis à vos ordres, je vous obéis.
—Vous n'avez pas, je l'espère, soufflé mot à qui que ce soit des lubies absurdes qui vous trottent dans la cervelle.
—A quoi bon, Seigneurie, révéler sans votre autorisation ce que vous nommez des lubies et que moi j'appelle des certitudes? Les soldats placés sous mes ordres et les chasseurs métis savent aussi bien que moi ce qui les attend dans le désert qui se déroule à nos pieds, je n'avais donc rien à leur apprendre; quant à vos esclaves, à quoi bon les effrayer d'avance? Ne vaut-il pas mieux les laisser dans la plus complète ignorance? Peut-être à l'heure du danger, lorsqu'ils se verront en face de la mort, puiseront-ils dans cette ignorance même la force de se faire bravement tuer? Car, je le répète, pour échapper, cela nous est impossible.»
Le marquis fronça les sourcils et se croisant les bras avec colère:
«Voyons, reprit-il d'une voix contenue, mais que l'émotion faisait légèrement trembler, finissons-en, Diogo.
—Je ne demande pas mieux, Excellence.
—Parlez, mais soyez bref; je vous répète que le temps s'écoule et que déjà, depuis une heure, nous devrions être en route.»
Le capitão se gratta le front d'un air embarrassé, mais semblant tout à coup prendre un parti décisif: