L'endroit où nous nous trouvions, autant que l'émotion que j'éprouvais me permit de m'en assurer aux derniers rayons du soleil, formait une espèce de plateau d'une assez grande largeur, couvert d'arbres touffus sous lesquels s'abritaient une certaine quantité de misérables jacales, et qui, en toute saison, devait être à l'abri des inondations. J'ai dit qu'autour de ce plateau, ou plutôt de cet îlot où aboutissait le sentier que jusqu'à ce moment nous avions suivi, l'eau avait à perte de vue envahi la campagne, formant, à travers les arbres, d'étroits et inextricables canaux, qui fuyaient dans toutes les directions sous les dômes épais de verdure.
Don Blas releva la tête en jetant autour de lui un regard interrogateur.
—Nous approchons, me dit-il.
Je jugeai inutile de répondre à cette assurance.
Il continua.
—Êtes-vous attendu à Arroyo Pardo?
—J'ai, il y a dix jours, expédié un péon au propriétaire, en lui annonçant mon arrivée prochaine.
Il secoua la tête à plusieurs reprises.
—Vous connaissez don Desiderio, le maître du rancho? me demanda-t-il au bout d'un instant.
—Aucunement, répondis-je, mais on m'a parlé de son fils, don Lucio, comme d'un homme entendu, honnête et brave, et c'est avec lui que je compte traiter.