«Je montai immédiatement au second étage. Je ne tardai pas à entendre le bruit que faisaient les salteadores en fouillant et en furetant dans tous les coins.

«Rien! fit la voix du capitaine; voyons plus haut.»

«La tour n'avait que deux étages et se terminait par une plate-forme sur laquelle j'arrivai haletant et en proie à la plus profonde terreur.

«Je me voyais perdu, perdu sans ressources; nul secours humain ne pouvait me venir en aide; je courais çà et là, je tournais comme une bête fauve autour de cette plate-forme maudite au bas de laquelle se trouvait un précipice de plus de cent pieds.

«Mes dents claquaient à se briser, une sueur froide inondait mon visage, et un tremblement convulsif s'était emparé de tout mon corps.

«J'entendais dans l'escalier les pas des bandits, lancés comme des limiers à ma poursuite, et je calculais en frémissant combien de secondes me restaient encore.

«Enfin, rendu fou par l'épouvante, je résolus de me précipiter, plutôt que de tomber vivant entre les mains de ces scélérats qui, je le savais, avaient la coutume de faire souffrir d'effroyables tortures à leurs victimes, afin d'en tirer de riches rançons.

«Machinalement, avant que d'accomplir cet acte désespéré, je penchai la tête au dehors, sans doute pour mesurer l'abîme au fond duquel j'allais me briser.

«J'aperçus alors, à environ deux pieds au-dessous de moi, une barre de fer de trois pieds de long à peu près, grosse d'un pouce et demi, qui, scellée dans la muraille de la tour, s'avançait horizontalement dans l'espace en forme d'arc-boutant. A quoi avait pu jadis servir cette barre de fer? c'est ce dont je ne m'occupai guère en ce moment. Une idée subite m'avait traversé l'esprit et rendu l'espoir d'échapper aux assassins qui me poursuivaient et étaient sur le point de m'atteindre.

«Le temps pressait, je n'avais pas une minute à perdre; aussi, sans réfléchir davantage, j'enjambai le rebord de la plate-forme, et, saisissant à deux mains la barre de fer, je laissai mon corps pendre dans l'espace et j'attendis.