—C'est un chien des visages pâles recouvert d'une peau indienne.
—Mon frère le hait?
—Nous avons fumé ensemble le calumet de la paix, répondit Nauchenanga avec un sourire indéfinissable.
—Bon! mon frère tuera son rival, et Rant-chaï-waï-mè le suivra dans sa hutte pour faire cuire sa chasse et soigner les papous[16]; j'aiderai mon frère.
—Néculpangue est le père des guerriers de sa nation, répondit le chef avec un vif mouvement de joie.
—Maintenant, que mon frère retourne au camp des visages pâles; une plus longue absence inquiéterait l'Espagnol.
Nauchenanga s'inclina avec respect et se retira précédé du piaïes.
Lorsque le chef sortit de la caverne, un spectacle étrange s'offrit à ses yeux. Des Indiens à cheval couraient dans toutes les directions, poussant des cris féroces et brandissant des torches ardentes; le camp des Mexicains brûlait, et de larges nappes de flammes montaient vers le ciel qu'elles teignaient de lueurs rougeâtres et sanglantes; par intervalles on distinguait les gambucinos qui se défendaient comme des lions, au milieu des débris de leur camp incendié, contre une multitude de sauvages.
Tout à coup, les gambucinos firent une trouée dans la barrière vivante qui d'instant en instant se resserrait davantage autour d'eux, s'élancèrent dans la Prairie et passèrent comme un ouragan à quelques pas de la colonne, suivis de près par leurs implacables ennemis. Le cœur de Nauchenanga bondit dans sa poitrine, il poussa un cri rauque et inarticulé et il se mit, à demi fou de rage, à la poursuite des cavaliers. Il lui avait semblé, au moment où les gambucinos passaient devant lui, entendre la voix de Rant-chaï-waï-mè implorer du secours. En ce moment une main s'appesantit sur son épaule et une voix brève lui dit ce seul mot:
—Arrête!