Bientôt le camp ne fut plus qu'une vaste fournaise. Les Indiens, profitant du désordre causé parmi les Mexicains par l'incendie, escaladèrent les ballots, envahirent le camp, se précipitèrent sur les gambucinos, et un combat corps à corps s'engagea. Malgré leur courage et leur habileté dans le maniement des armes, les Mexicains étaient accablés par la masse considérable de leurs ennemis. Quelques minutes encore, et c'en était fait de la troupe des gambucinos.

Don López comprit qu'il devait tenter un effort suprême pour sauver les hommes qui lui restaient; alors prenant à part don Juan Venado qui depuis le commencement de la lutte avait constamment combattu à ses côtés, il lui expliqua ses intentions, et, lorsqu'il fut certain que celui-ci allait exécuter ses ordres, il se rejeta au plus fort de la mêlée, et, assommant ou poignardant tous les Peaux-rouges qui se trouvaient sur son passage, il parvint à pénétrer dans sa tente.

Rant-chaï-waï-mè, le corps penché en avant, le cou tendu et l'oreille au guet, semblait écouter avec anxiété les bruits du dehors; à la vue de don López elle croisa ses bras sur sa poitrine et attendit.

—Dieu soit loué! s'écria le Mexicain, elle est encore ici. Suivez-moi, waïnè; il faut partir.

—Non, répondit résolûment la jeune fille, je ne partirai pas!

—Voyons, enfant, obéissez, et ne m'obligez pas à employer la violence: le temps est précieux.

—Rant-chaï-waï-mè est une femme indienne, elle ne craint pas la mort, dit fièrement la jeune fille.

—Qui vous menace de mort? Folle que vous êtes, s'écria don López avec colère, voulez-vous me suivre, oui ou non?

Rant-chaï-waï-mè haussa les épaules.

Le Mexicain vit que toute discussion était inutile et qu'il fallait violemment trancher la question; alors s'approchant de l'Indienne, il chercha à la saisir. Mais celle-ci, qui du regard suivait tous les mouvements de son maître, bondit comme une biche effarouchée, ramassa un machette qui se trouvait à terre auprès d'elle, et, le sourcil froncé, l'attitude menaçante: