—Faut-il ouvrir? demanda Pépé.

—Oui, répondit don Juan; hésiter ou refuser pourrait donner l'éveil; dans notre position, il faut tout prévoir.

Don López consentit d'un signe de tête, et le ranchero alla ouvrir la porte, contre laquelle on continuait de frapper comme si l'on avait l'intention de la jeter bas.

Un homme embossé dans un large manteau, et les ailes du chapeau rabattues sur les yeux, entra dans la salle.

Santas tardes[9], dit-il en portant la main à son chapeau sans l'ôter cependant.

Dios las de a usted buenas[10], répondit Pépé; que faut-il servir à votre seigneurie?

—Une bouteille d'aguardiente, répondit l'étranger en s'installant dans l'endroit le plus obscur de la salle.

Dès qu'il fut servi, il se versa un verre d'eau-de-vie qu'il but, et, appuyant sa tête sur sa main, il sembla se plonger dans de sérieuses réflexions, sans s'occuper davantage des gens qui se trouvaient auprès de lui.

Cependant l'arrivée de l'inconnu avait glacé la faconde de nos trois personnages, qui, les bras croisés et le dos au mur, restaient mornes et silencieux, comme s'ils eussent pressenti que cet homme était un ennemi; ils attendaient avec anxiété ce qui allait se passer. Enfin don Juan, voulant savoir à quoi s'en tenir sur le compte de ce mystérieux individu, se leva, remplit résolument son verre et se tournant vers l'étranger toujours impassible en apparence:

—Señor caballero, lui dit-il avec cette politesse que possèdent à un si suprême degré tous les Mexicains, j'ai l'honneur de boire à votre santé.