—A bientôt, Carmen, à bientôt!
Octavio s'enveloppa dans son manteau, sortit de l'échoppe de l'evangelista, et se dirigea à grands pas vers le palais de la présidence.
Au moment où le colonel arrivait devant le palais, on en ouvrait la porte, et le général Miramón, revêtu de son grand uniforme et entouré d'une vingtaine de personnes, entrait sur la place.
Le général Miramón est jeune encore, nous disons est, car, grâce à Dieu, il vit toujours; ses traits sont beaux et caractérisés, l'expression de sa physionomie énergique, intelligente, est empreinte d'un grand cachet de douceur; son port est noble, ses manières affables, et sa prestance réellement militaire.
Le général Miramón représentait au Mexique le parti modéré et progressif; aussi comptait-il au nombre de ses plus chauds partisans tout le clergé, le haut commerce, la classe élevée de la population, et tous les étrangers fixés sur le territoire de la République.
Le général Miramón, personnellement, était sympathique à tous et fort aimé dans les deux partis; son entourage seul était odieux. Il aurait fort bien pu, si cela lui avait convenu, demeurer tranquillement dans la ville sans avoir rien à redouter des chefs du parti contraire. Des communications lui avaient été faites, et des assurances formelles données à ce sujet; mais, par un point d'honneur, fort louable sans doute, mais qui pouvait entraîner pour lui des conséquences funestes, le général n'avait pas voulu abandonner les derniers amis qui, dans la mauvaise fortune, lui restaient fidèles, et il avait résolu de se retirer avec eux dans l'intérieur.
Son armée, si l'on peut donner ce nom à la poignée de soldats encore rangés sous son drapeau, se composait d'environ deux mille hommes au plus; tous se trouvaient en ce moment réunis sur la plaza Mayor.
—Ah! colonel de Belval, s'écria le président en apercevant le jeune homme, je demandais justement après vous.
—Me voici, général, je regrette de ne pas être arrivé plus tôt.
—Le mal n'est pas grand, colonel; nous partons. Le jeune homme fronça le sourcil.