—Pardieu, en vous couchant, c'est je crois la seule chose que vous ayez à faire en ce moment.
—Vous avez ma foi raison, je n'y mets pas de coquetterie, et puisque vous êtes si bon compagnon je vais, sans plus tarder, profiter de votre conseil.
En parlant ainsi, il se leva avec une certaine difficulté, tant l'accablait la fatigue, et aidé par le jeune homme, il s'étendit dans le hamac, où il ne tarda pas à s'endormir.
Libre de nouveau de se livrer à ses pensées, le jeune homme alluma un cigare, s'installa commodément dans une butaca et, tout en digérant son déjeuner, il se prit à réfléchir sur ce nouvel épisode de sa vie errante qui venait si à l'improviste se greffer sur les autres et peut-être compliquer encore les difficultés sans nombre de la position dans laquelle il se trouvait.
—Pour cette fois, dit-il, je puis hardiment convenir que je ne suis pour rien dans ce qui m'arrive et que cet homme est bien, réellement venu me trouver, lorsque je ne le cherchais nullement, puisqu'il connaissait avant moi ce souterrain. Comment tout cela finira-t-il? Pourvu que Tyro n'arrive pas maintenant? Diable, tout dévoué que me soit ce brave garçon, je doute que l'appât de quinze mille piastres,—une fort belle somme pour celui qui sait la gagner honnêtement,—ne le pousse pas à livrer mon hôte et moi, par ricochet, ce qui serait excessivement désagréable.
Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi, pendant lesquelles le chef montonero dormait, suivant l'expression espagnole, a pierna suelta. Le Français veillait religieusement sur son sommeil, tout en faisant des réflexions qui, d'instants en instants, prenaient une teinte plus sombre.
Enfin, vers une heure de l'après-midi, Émile jugea que le montonero avait assez, dormi; il s'approcha de lui et lui toucha légèrement l'épaule pour l'éveiller.
Celui-ci ouvrit instantanément les yeux et bondit comme un coyote hors du hamac.
—Que se passe-t-il? demanda-t-il à voix basse.
—Rien, que je sache, répondit le premier.