Nous avons dit que la barque était montée par quatre hommes.
De ces quatre hommes, deux étaient des Gauchos engagés par Tyro, et comme le Guaranis les avait bien payés. Il avait le droit de compter sur leur fidélité; ajoutons que pour plus de sûreté l'Indien ne leur avait rien confié du but de l'expédition; le troisième était un domestique du peintre, un Indien que celui-ci avait laissé à San Miguel, sans autrement s'en occuper, lorsqu'il avait pris la fuite; le quatrième était Tyro lui-même.
Lorsque la barque toucha le bord, le Guaranis aida respectueusement les deux dames à descendre à terre, puis leur montrant l'entrée du souterrain:
—Veuillez, señoras, leur dit-il, entrer dans cette caverne où nous vous rejoindrons dans un instant.
Les dames obéirent.
—Et nous? demanda le peintre.
—Nous avons encore quelque chose à faire, maître, répondit l'Indien.
L'accent singulier dont ces paroles furent prononcées étonna Émile, mais il ne fit pas d'observation, convaincu que le Guaranis devait avoir de sérieux motifs pour lui répondre d'une façon aussi péremptoire.