A TRAVERS CHAMPS

Se tournant alors vers les deux Gauchos, qui se tenaient insouciamment assis sur le rebord de la barque:

—Je vous ai payés; vous êtes libres de nous quitter maintenant, leur dit le Guaranis, à moins que vous ne consentiez à faire un nouveau marché avec ce señor, au nom duquel je vous avais engagés.

—Voyons le marché? répondit un des deux Gauchos.

—Êtes-vous libres, d'abord?

—Nous le sommes.

—Est-ce en votre nom à tous deux que vous me répondez?

—Oui; ce caballero est mon frère; il se nomme Mataseis, et moi Sacatripas: où va l'un, l'autre le suit.

Tyro salua d'un air charmé. La réputation de ces deux caballeros était faite depuis longtemps; il la connaissait de vieille date: c'étaient les deux plus insignes bandits de toute la Bande Orientale. Il ne pouvait mieux tomber dans les circonstances présentes; gens de sac et de corde, leurs mains étaient rouges jusqu'au coude. Pour un réal, ils auraient, sans hésiter, assassiné leur père; mais leur parole était d'or; une fois donnés, ils ne l'auraient pas violée pour la possession de toutes les mines de la cordillière; c'était leur seul défaut, ou, si on le préfère, leur seule vertu; l'homme, cet étrange animal, est ainsi fait qu'il n'est complet ni pour le bien ni pour le mal.

—Très bien, reprit Tyro, je suis heureux, caballeros, d'avoir affaire à des hommes comme vous; j'espère que nous nous entendrons.