Le visage du vieux chef s'assombrit soudainement à ces paroles; ses sourcils se froncèrent, et ce fut avec une certaine émotion dans la voix qu'il répondit, au bout d'un instant:
—Cette pensée tourmente toujours mon fils?
—Toujours! fit le jeune homme avec une certaine animation; jusqu'à ce que le Cougouar ait rempli sa promesse.
—Quelle est cette promesse que me rappelle mon fils?
—Celle de me dire le nom de mon père; comment, enfant, je ne l'ai jamais vu auprès de moi, et pourquoi les guerriers de ma nation détournent la tête avec tristesse, lorsque je leur demande pourquoi, depuis si longtemps, il est parti du milieu de nous.
—Oui, c'est vrai, répondit le Cougouar, j'ai fait cette promesse à mon fils; mais lui, en retour, il m'en a fait une autre, ne se la rappelle-t-il pas?
—Si; que mon père me pardonne, je me la rappelle; mais mon père est bon, il sera indulgent pour un jeune homme et excusera une impatience qui ne provient que de son amour filial.
—Mon fils est non seulement un des guerriers les plus redoutables de sa nation, mais il en est encore un des chefs les plus renommés: il doit à tous l'exemple de la patience. Une lune ne s'écoulera pas sans que je lui révèle le secret qu'il a si grande hâte d'apprendre; jusque-là, qu'il continue à se laisser guider par l'homme qui s'est dévoué à lui et dont la seule pensée est de le voir heureux un jour.
Après avoir prononcé ces paroles d'une voix sévère mélangée d'affection, le vieux chef s'enveloppa dans son poncho, s'étendit sur le sol et ferma les yeux.
Gueyma le considéra un instant avec une impression indéfinissable mêlée de colère, de respect et d'abattement, puis il poussa un profond soupir, laissa retomber sa tête sur la poitrine et se plongea dans d'amères réflexions; enfin, vaincu par le sommeil, il s'étendit auprès de son compagnon, et bientôt dans le camp indien il n'y eut plus d'éveillé que les sentinelles.