[XII]
LE TRAITÉ
La nuit fut tranquille, rien n'en troubla la sérénité calme et majestueuse.
Les sentinelles veillèrent avec une attention scrupuleuse, peu habituelle parmi les Indiens, sur le repos de leurs compagnons.
Vers quatre heures et demie au matin, les ténèbres commencèrent peu à peu à pâlir devant les lueurs, fugitives encore, des premiers rayons du jour; le ciel se nuança de larges bandes de couleurs changeantes qui se fondirent enfin dans des tons d'un rouge vif et enflammé, et le soleil parut enfin, s'élevant au-dessus de l'horizon comme s'il fût sorti du sein d'une fournaise, illuminant subitement le ciel de ses resplendissants rayons qui ressemblaient à des flèches de feu.
Les premières heures matinales sont les plus douces et les plus magnifiques de la journée au désert.
La nature en s'éveillant calme, fraîche et reposée, semble, pendant les ténèbres, avoir repris toutes ses forces; les feuilles plus vertes sont perlées de rosée, un léger et transparent brouillard s'élève de terre en vapeur incessamment pompée par le soleil, une fraîche brise ride la surface argentée des fleuves et des lacs, agite les branches des arbres et imprime un frémissement mystérieux aux hautes herbes du milieu desquelles s'élèvent à chaque instant les têtes effarées des taureaux, des chevaux sauvages, des daims ou des gazelles, tandis que les oiseaux, battant joyeusement des ailes, font leur toilette matinale ou s'envolent de çà et de là avec des cris et des gazouillements de plaisir.
Les Indiens ne sont pas dormeurs, en général, aussi, à peine le soleil apparut-il au niveau de l'horizon, que tous s'éveillèrent et procédèrent aux soins de leurs toilettes et à leurs ablutions de chaque jour: car les Guaycurús, contrairement aux autres peuplades américaines, parmi leurs nombreuses qualités, comptent celle d'être d'une propreté rigoureuse et même d'une certaine coquetterie dans l'arrangement de leurs pittoresques vêtements.
A la voix du Cougouar, ils se réunirent en demi-cercle les yeux tournés vers le soleil levant, s'agenouillèrent pieusement sur le sol et adressèrent une fervente prière à l'astre radieux du jour, non pas qu'ils le considèrent positivement comme un dieu, mais parce qu'il est dans leur croyance le représentant visible de l'invisible divinité et le grand dispensateur de ses bienfaits.