—Voilà ceux avec lesquels nous conférerons bientôt, dit Gueyma; à cheval, frères, et allons au-devant d'eux, afin de leur faire honneur, car ils viennent en amis, ce qui leur a permis de franchir sains et saufs nos frontières.

Les capitaos se levèrent aussitôt et montèrent sur les chevaux que leurs esclaves tenaient en main derrière eux.

Gueyma et le Cougouar se mirent à leur tête, et la troupe, composée d'une quinzaine de chefs, tous cavaliers d'élite et guerriers renommés dans leurs tribus, roula comme un ouragan du haut en bas de la colline et s'élança à toute bride dans la plaine, en soulevant sur son passage des flots épais d'une poussière grisâtre, réduite en atomes presque impalpables, au milieu de laquelle elle ne tarda pas à disparaître complètement aux regards.

Cependant, les nouveaux venus s'approchaient rapidement, bien qu'avec une certaine circonspection, commandée du reste par les lois de la plus stricte prudence.

Cette troupe fort peu nombreuse ne se composait que de dix cavaliers dont deux étaient Indiens et semblaient servir de guide à ceux qui marchaient à leur suite.

Ceux-ci étaient des blancs, des Brésiliens, ainsi qu'il était facile de le reconnaître à leur costume.

Celui qui marchait en tête de la petite troupe était un homme d'une cinquantaine d'années environ, aux traits fiers et hautains, aux manières nobles et élégantes, il portait le riche uniforme tout brodé d'or de général. Bien qu'il se tînt droit et ferme sur son cheval et que son œil noir bien ouvert semblait briller de tout le feu de la jeunesse, cependant ses cheveux grisonnants et les rides profondément creusées de son front, ajoutés à l'expression soucieuse et pensive de sa physionomie, témoignaient d'une existence fortement éprouvée, soit par les passions, soit par les hasards d'une vie passée tout entière à faire la guerre.

Le cavalier qui se tenait à ses côtés portait le costume de capitaine et les insignes d'aide de camp; c'était un jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans, à l'œil fier et aux traits nobles et réguliers; son visage respirait la bravoure; une expression d'insouciance railleuse répandue sur sa physionomie lui donnait un cachet d'étrangeté et de confiance narquoise indicible.

Les six autres cavaliers étaient des soldats revêtus du costume de soldaos da Conquista; l'un d'eux portait les insignes de sous-officier.

Quant aux Indiens qui, selon toute probabilité, servaient de guides à la troupe, ils ne portaient aucune arme apparente, mais à leurs vêtements et à la plume plantée dans le bandeau d'un rouge vif qui ceignait leur front il était facile de les reconnaître pour des chefs guaycurús.