Tous deux guerriers d'un certain âge, à l'apparence sombre et réservée, ils galopaient silencieusement, côte à côte, les yeux opiniâtrement fixés en avant, et ne paraissant nullement s'occuper des Brésiliens qui venaient à quelques pas derrière eux.

Tout en marchant, les deux officiers causaient avec une liberté qui, vu la différence des grades, témoignait d'une certaine intimité entre eux; ou du moins d'assez longs rapports.

—Nous voici donc arrivés enfin au Bosquecillo, dit le capitaine en promenant un regard curieux autour de lui, et cette rivière est le Río Bermejo qu'il nous a fallu deux fois déjà traverser. Ma foi! Sauf le respect que je vous dois, mon général, je suis heureux d'avoir vu enfin ce territoire mystérieux que ces brutes d'Indiens surveillent avec une si jalouse méfiance.

—Chut! Don Paulo, répondit le général eu posant un doigt sur ses lèvres, ne parlez pas aussi haut, nos guides pourraient vous entendre.

—Bah! Le croyez-vous, général, à cette distance?

—Je connais l'acuité d'ouïe de ces drôles, mon cher don Paulo, croyez-moi, soyez prudent.

—Je suivrai vos avis, général, d'autant plus que, d'après ce que vous m'avez dit déjà, vous avez été en rapport avec les Indiens.

—Oui, répondit le général avec un soupir étouffé, j'ai eu affaire à eux dans une circonstance terrible, et, bien que de longues années se soient écoulées depuis cette époque, le souvenir en est toujours présent à ma pensée. Mais laissons cela, et parlons du motif qui aujourd'hui nous amène dans ces parages; je ne vous cache pas, mon ami, que si honorable que soit la mission qui m'a été confiée par le gouvernement, je la considère comme extrêmement difficile et ne présentant que fort peu de chances de succès.

—Est-ce réellement votre avis, général?

—Certes, je ne voudrais pas faire de diplomatie avec vous.