—Nous avons accompli notre devoir; le chef pâle ne nous doit aucun remerciement.

—Cependant, capitao, l'honneur me fait une loi de constater la loyauté avec laquelle vous vous êtes acquittés de ce devoir.

—Tarou-Niom et son frère I-me-oh-eh sont des capitaos guaycurús; la trahison leur est inconnue.

Au premier nom prononcé par le chef indien, le général avait imperceptiblement tressailli et ses noirs sourcils s'étaient froncés pendant une seconde.

—Le nom de mon père est Tarou-Niom? demanda-t-il comme s'il eût voulu acquérir une certitude.

—Oui, répondit laconiquement l'Indien, et il ajouta au bout d'un instant, voilà les capitaos.

En effet, presque aussitôt les hautes herbes s'ouvrirent refoulées sous l'effort puissant de plusieurs chevaux, et les Indiens parurent.

—Les visages pâles sont les bienvenus sur les territoires de chasse des Guaycurús, dit Gueyma, après s'être gracieusement incliné devant le général; les guerriers de ma nation et des nations alliées sont heureux de les voir parmi eux.

—Je remercie le capitao de ces bonnes paroles, répondit le général, et surtout de la distinction dont m'honorent les confédérés en venant ainsi au-devant de moi: je suis prêt à suivre les capitaos dans le lieu où il leur plaira de me conduire.

Après quelques autres lieux communs de politesse, les deux troupes, confondues en une seule, reprirent la direction de la colline.