Aussitôt sur l'autre bord, le cheval repartit au galop, mais cette fois sa course fut courte et dura à peine un quart d'heure ou vingt minutes.

L'endroit où se trouvait le chef était une plaine immense et désolée où ne poussaient que des buissons rachitiques, et dans laquelle s'élevaient de place en place des monticules assez élevés d'un sable noirâtre.

Ce fut au pied d'un de ces monticules que le chef s'arrêta: il mit aussitôt pied à terre, bouchonna son cheval avec soin, le couvrit de son poncho pour l'empêcher de se refroidir trop vite après le violent exercice auquel il s'était livré pendant si longtemps, et, lui jetant la bride sur le cou, il le laissa libre de brouter, s'il le voulait, l'herbe rare et flétrie de la savane.

Ce devoir accompli, le chef porta ses mains à sa bouche, et à trois reprises différentes, à intervalles égaux, il imita le cri de la chouette des pampas.

Deux ou trois minutes s'écoulèrent, et le même cri fut répété trois fois à une distance assez éloignée, puis le galop précipité d'un cheval se fit entendre.

Le chef s'abrita le mieux qu'il put derrière le monticule; il arma sa carabine et attendit.

Bientôt il aperçut la sombre silhouette d'un cavalier émerger des ténèbres et se rapprocher rapidement de l'endroit où il se tenait.

Arrivé à une certaine distance, le cavalier, au lieu de continuer à s'avancer, s'arrêta court, et le cri de la chouette troubla de nouveau le silence.

Le Cougouar répéta son signal: le cavalier, comme s'il n'eût attendu que cette réponse, reprit aussitôt le galop, et bientôt il se trouva à portée de pistolet de l'Indien.

Une seconde fois il s'arrêta, et on entendit le bruit d'un fusil qu'on arme.