Gueyma ne put retenir un sourire de satisfaction à la vue de cette forteresse naturelle.

—Quel malheur qu'il nous faille, dans quelques heures, abandonner une si avantageuse position? murmura-t-il.

Le Cougouar sourit sans répondre et se mit en devoir d'organiser le campement. Quelques guerriers se détachèrent pour aller chercher le bois nécessaire pour les feux, d'autres abattirent plusieurs arbres auxquels ils laissèrent toutes leurs branches, et qui, bientôt, formèrent un retranchement inexpugnable.

Les chevaux furent dessellés, laissée en liberté et mis à même de l'herbe verte, qu'ils commencèrent à tondre à pleine bouche.

Les feux allumés, on prépara le repas du matin, et bientôt les guerriers guaycurús se trouvèrent installés sur l'esplanade d'une façon aussi solide, en apparence, que s'ils devaient y faire un long séjour, au lieu de ne s'y arrêter qu'en passant.

Lorsque les sentinelles furent placées, que le repas fut terminé et que les guerriers se furent étendus çà et là pour se livrer au repos, selon l'invariable coutume des Indiens qui n'admettent pas que, à moins de circonstances exceptionnelles, on reste éveillé lorsqu'on peut dormir, le Cougouar s'approcha de Gueyma.

—Vous sentez-vous fatigué? lui demanda-t-il avec un geste significatif.

—Pas du tout, répondit-il; mais pourquoi cette question?

—Simplement parce que j'ai l'intention d'aller un peu à la découverte afin de m'assurer que le passage est libre et que nous n'avons dans notre marche à redouter aucune embuscade, et que s'il vous convient de m'accompagner pendant que nos guerriers se reposent, nous accomplirons de compagnie cette excursion.

—Je ne demande pas mieux, répondit Gueyma qui comprit que l'excursion susdite n'était qu'un prétexte pour donner le change aux guerriers et colorer leur sortie.