—Tyro, avant tout, réponds-moi franchement à la question que je vais t'adresser.
—Que le maître parle.
—Remarque bien que je ne t'en voudrai pas de ta franchise; fais surtout bien attention à la forme de ma question, afin d'y répondre en connaissance de cause; es-tu pour moi seulement un bon domestique, accomplissant strictement tes devoirs, ou bien un serviteur dévoué, sur lequel j'ai droit de compter à toute heure.
—Un serviteur dévoué, maître, un frère; un fils, un ami; vous avez guéri ma mère d'une maladie qui semblait incurable; quand vous avez acheté le rancho, au lieu de nous chasser elle et moi, vous avez conservé à la vieille femme son cuarto, sa huerta et son troupeau; moi, vous m'avez traité en homme, ne me commandant jamais avec rudesse et ne m'obligeant jamais à faire des choses honteuses ou déshonorantes, bien que je sois Indien; vous m'avez toujours considéré comme un être intelligent, et non pas comme un animal qui n'a que l'instinct. Je vous le répète, maître, je vous suis dévoué en tout et pour tout.
—Merci, Tyro, répondit le peintre avec une nuance d'émotion, je soupçonnais déjà ce que tu viens de me dire, mais je tenais à t'entendre me l'affirmer, car j'ai besoin de toi.
—Je suis prêt, que faut-il faire?
Malgré la franchise de cet aveu, le peintre français, peu au courant encore du caractère de ces races primitives, ne se souciait nullement de mettre l'Indien complètement dans la confidence de ses secrets.
Le trop de civilisation rend défiant.
Le Guaranis s'aperçut facilement de l'hésitation de l'artiste qui, peu habitué à dissimuler, laissait son visage refléter, comme un miroir, ses émotions intérieures.
—Le maître n'a rien à apprendre à Tyro, dit-il avec un sourire; l'Indien sait tout.