Deux cavaliers montés sur de magnifiques chevaux noirs richement harnachés, précédaient de quelques pas le gros de la troupe, et causaient entre eux avec une certaine animation. Ils n'avaient pas aperçu encore don Pablo ni le peintre français, qui, à demi cachés derrière des fragments de roches les observaient attentivement.
Après quelques minutes de silence, le partisan se tourna vers le peintre.
Ce sont bien les personnes que j'attends, dit-il; venez, rentrons au camp.
—Pourquoi ne pas les attendre là où nous sommes, puisqu'il leur faut absolument passer devant nous?
—Mieux vaut qu'ils ne nous trouvent pas ici; je dois recevoir ces personnes avec un certain décorum que leur rang exige.
—A votre aise; mais il nous sera assez difficile de rentrer au camp sans être rejoint par eux surtout au train qu'ils vont.
—Que cela ne vous inquiète pas, reprit don Pablo en souriant; suivez-moi toujours.
—Allons, fit le peintre en réprimant un mouvement de curiosité.
En effet, il semblait impossible que, de l'endroit où ils étaient placés, les deux hommes pussent regagner le camp sans être non seulement aperçus, mais rejoints en quelques minutes par les voyageurs.
Cependant, contre toutes probabilités, il n'en fut rien.