Tumultueusement groupés autour de leurs chefs, l'œil railleur et la lèvre sardonique, ils chuchotaient entre eux à voix basse, en jetant par-dessus leur épaule des regards dédaigneux à ceux que leur mauvaise fortune contraignait à implorer leur appui.
Don Pablo Pincheyra et ses frères conservaient seuls une contenance convenable; ils sentaient leur cœur se gonfler d'orgueil dans leur poitrine en songeant au rôle que la fortune, par un de ses incompréhensibles caprices, les appelait subitement à jouer; ils prenaient au sérieux ce rôle et se croyaient de bonne foi appelés à replacer par la force de leurs armes, sous la nomination espagnole, ces riches colonies qui lui échappaient si providentiellement par un juste retour de cette implacable loi du talion, qui veut que tôt ou tard les bourreaux deviennent à leur tour victimes de ceux qu'ils ont martyrisés.
Lorsque les étrangers eurent été introduits par le cabo faisant, en cette circonstance, fonctions d'huissier, et que les premières salutations eurent été échangées, don Pablo Pincheyra prit la parole:
—Soyez les bienvenus à Casa-Trama caballeros, dit-il en s'inclinant avec une politesse étudiée: je m'efforcerai, pendant le temps qu'il vous plaira de prolonger votre visite parmi nous, de rendre votre séjour agréable.
—Je vous remercie, caballero, au nom de mes compagnons et au mien, répondit un étrangers, de la gracieuse bienvenue qu'il vous plaît de nous souhaiter; permettez-moi seulement de rectifier, sur un point, vos paroles; ce n'est pas une visite que nous faisons, à vous et à vos braves compagnons, si dévoués et si loyaux champions de l'Espagne, nous venons, chargé d'une mission importante par notre souverain et le vôtre.
—Nous sommes prêts à écouter la communication de ce message, caballero; mais d'abord, veuillez nous faire connaître votre nom et ceux des honorables personnes qui vous accompagnent.
L'étranger s'inclina.
Je suis, dit-il, don Antonio Zinozain de Figueras, lieutenant-colonel au service de Sa Majesté le roi d'Espagne et des Indes.
—Bien souvent votre nom est venu jusqu'à moi, señor caballero, interrompit don Pablo.
—Deux autres, capitaines de Sa Majesté m'ont été adjoints, continua don Antonio en les désignant au partisan, don Lucio Ortega et don Estevan Mendoza.